Ce jeu te balance immédiatement un drapeau faucille-et-marteau à la figure et l'attente est terminée — tu sais exactement où tu vas. Soviet de 1990 est le produit d'une époque qui créait des chefs-d'œuvre à partir de n'importe quoi, et c'est justement ce genre de pièce : quand les graphismes informatiques apprenaient tout juste à marcher et que le design n'avait pas encore découvert le mot « confort utilisateur ».

C'est un mélange de tirs arcade et de stratégie franchement primitive. Tu contrôles des unités sur une carte tactique, les envoies au combat, échanges des tirs avec l'ennemi, et tentes d'accomplir les objectifs de la mission — collecter des objets, s'emparer de positions, survivre. Le jeu se comporte comme s'il devrait tout décider pour toi, mais ensuite il te balance tout ça à la figure, et tu tâtonnes dans le noir en essayant de comprendre ce qu'il veut réellement de toi. Les contrôles sont rigides, les réponses des unités sont molles, et quand un tir sort enfin du canon, tu es depuis longtemps ailleurs.
Tes yeux ne vont pas du tout s'adapter aux graphismes — tout est flou, les unités ressemblent à de petits carrés imprécis, et parfois tu n'es même pas sûr de ce que tu vois à l'écran. Le son te surprend surtout par sa rareté, considérant ce qu'un ordinateur des années 1990 pouvait réellement gérer. Ce qui tient le jeu ensemble, c'est juste ce charme étrange du vieux code — tu sens quelqu'un qui trifouille dedans dans quelque chose de primitif, et maintenant ils essaient de te le vendre comme l'avenir.

Soviet ne se joue pas de nos jours pour le plaisir — on y joue pour savoir par où tout a commencé et combien il a fallu de peu pour que quelqu'un s'assoie devant un 486 et soit satisfait. Maintenant tu le regardes par curiosité, en essayant de comprendre comment tout le monde pensait de la même manière à l'époque. Ce n'est pas beau, ce n'est pas fluide, mais c'est précisément là que réside la magie bizarre — tu vois l'histoire des jeux vidéo dedans, avant même que les programmeurs ne sachent ce qu'ils faisaient.