Tout au long des années quatre-vingt-dix, tu voyais toutes sortes de simulateurs de vol sur disquettes, mais celui-ci était vraiment étrange. F4U Secret Sortie te balançait un warbird à l'écran — un Corsair, ce mythique fuselage en mouette que tu as vu au cinéma — et te disait : vas bombarder. Sans prise de tête, sans introduction, c'est parti.
C'était ce qu'on appellerait un simulateur de combat aérien, bourré d'ambitions au-delà de ce qu'une disquette pouvait contenir. Le mécanisme central était la sélection de missions — bombardements, escorte, défense — et ton boulot était de contrôler l'avion et d'accomplir la tâche. Ce n'était pas comme Microsoft Flight Simulator ; ça ressemblait plutôt à un jeu de tir à la première personne depuis le cockpit. Vue depuis la cabine, des réticules au centre de l'écran pour viser, et le clavier faisait basculer l'avion de haut en bas.
C'est là que ça devenait rude. Les commandes étaient raides comme un boulon rouillé, surtout lors des manœuvres plus difficiles. L'avion réagissait avec incertitude, comme s'il demandait plus d'endurance physique que de précision. Les graphismes étaient typiques des débuts des années quatre-vingt-dix en polygones — détails de paysage dentelés sous toi, pas particulièrement jolis, mais avec une certaine rudesse. Le son sortant du haut-parleur PC ou du Sound Blaster servait davantage à créer une ambiance qu'à être réaliste.
Pour son époque, le jeu avait une narration intéressante et un sens du drame, même si on le perçoit surtout comme un souvenir maintenant. Ce qu'il te reste n'est pas un contrôle fluide ou de l'élégance, mais plutôt le sentiment de ce que les développeurs essayaient de caser dans les ressources limitées d'un 486. L'avion saccadait, les missions paraissaient parfois absurdement difficiles, parfois trop faciles. Ce n'était pas un spectacle.
Aujourd'hui tu devrais le jouer plutôt comme un artefact que comme du divertissement. Si tu le trouves dans un émulateur, lance-le quand tu as envie d'explorer les années quatre-vingt-dix perdues. Il t'accueillera avec des instructions maladroites, une physique raide, et la sensation que c'est le jeu qui joue avec toi, pas l'inverse.